Endo

Une performance frénétique où se mêlent danse et action painting !

Deux corps transforment sous nos yeux le décor de leur danse spasmodique, maculant de peinture le sol et les murs. Sur une création musicale haletante, de l'ambiance freak show au body art hypnotique, ce tableau aléatoire en mouvement amène à l'orée de la transe.

Atmosphère japonisante, mais ici point de cliché. Prendre le contrepied des codes, oui, mais pour mieux honorer la danse et son histoire, telle est la ligne de conduite de David Wampach. Figure incontournable de la scène contemporaine, passionné par les rituels, le chorégraphe épuise à outrance chacun de ses sujets, en jouant des opposés, du costume déjanté à la nudité crue, de matériaux affinés en matières premières. Sa démarche, forte d’influences théâtrales et plastiques, se manifeste par des œuvres empreintes d’une grande liberté souvent adossées à une histoire savante.

Par ailleurs, le titre de la pièce provient du courant de l'endotisme initié par Pablo Picasso et Francis Bacon qui, à l'inverse de l'exotisme, s'enracine dans l'originel et dans la nécessité de créer. La pièce revisite ainsi l'héritage de la performance, l'action painting et le mouvement gutaï des années 60, dans le sillage de l’artiste Shuji Terayama, dont le travail polymorphe, directement plongé dans la matière sensible et s'adressant à tous les publics, trouve bien des échos dans celui de David Wampach. Mettre le corps, avec tous ses systèmes, au centre de l’action dansée, à la fois comme matière et support, instrument et sujet, un corps qui transmet, qui transforme, avec un matériau de plus, la peinture, c'est ce que propose ENDO.

À force de réconcilier l'inconciliable, Wampach fait désormais partie de ces rares artistes dont on peut dire qu'ils ont vraiment marié culture savante et culture pop.

Avec le soutien de l'Onda - Office national de diffusion artistique

Une performance frénétique où se mêlent danse et action painting !

Lire la suite

L’âge d’or

Ici les gestes les plus beaux, ceux de l'art et ceux de l'amour, ne font qu'un. Conçue avec de jeunes enfants atteints de graves troubles moteurs, cette pièce poignante remet à zéro nos compteurs esthétiques et multiplie notre sens de la danse.

Devant nous, un ordinaire tapis de danse, nu, carré. Tout est à vue. Aucune musique ne vient napper ou influencer nos perceptions. La lumière est la même pour le spectacle et son audience. De part et d'autre du tapis sont installés, pour la plupart en fauteuils roulants, les enfants enjoués ou calmes, aux handicaps patents. Des adultes, les danseurs, déambulent parmi eux avec douceur, leur parlent à l'oreille. La première scène s'installe discrètement : une danseuse emmène un enfant au centre du plateau. Elle prolonge ses gestes, puis les contrarie par moments, les manipule pour les faire danser. L'enfant se concentre mais s'amuse. C'est simple, beau, humble, stupéfiant. S'ensuit dès lors une série de piécettes pour corps affaiblis, anormaux : chaque enfant devient le nombril du corps dansant qui l'entoure et l'accompagne dans un ventre imaginaire, où tout est possible.

Nous voyons des enfants ravis, nous sentons leurs cœurs qui palpitent entre ces mains, ces corps experts, de ces mouvements inespérés. Chacun à son tour est le danseur principal, porté, suspendu, entraîné, bercé ou jeté dans les airs, dansant et dansé, perplexe ou combatif, l'étoile d'un instant, considéré dans, avec, par et pour ses empêchements uniques et spécifiques, tandis que les autres jeunes interprètes jubilent devant le spectacle de leur camarade. L'émotion qui émane du plateau irradie absolument la salle. Éric Minh Cuong Castaing, connu pour son travail à la fois profondément humain et, du point de vue dramaturgique, pour son utilisation intelligente des ressorts de nos techniques numériques, fait ici le choix de n'être que dans la sphère de la vie, inventant une forme d'humanité augmentée.

À l'issue de la pièce, à contempler : le film qui retrace l'expérience chorégraphique menée par les danseurs et ces enfants. Le film capture l’émotion des enfants engagés dans une danse commune, en éternelle négociation avec leurs corps insoumis à la vie et, a fortiori, à la représentation. Plus qu’un témoignage, le film, restituant des mois d’intervention du danseur-chorégraphe au sein d’un institut médical spécialisé, fait œuvre par lui-même.

Une pièce poignante d'Éric Minh Cuong Castaing avec de jeunes enfants atteints de graves troubles moteurs, qui remet à zéro nos compteurs esthétiques et multiplie notre sens de la danse !

Lire la suite

Dirty Dancers / The Gyre

Dirty Dancers

Pourquoi, à la Saint-Sylvestre, danse-t-on davantage la Macarena de Mia Frye que Trio A de Yvonne Rainer ?

Anna Chirescu, danseuse, Grégoire Schaller, plasticien et Florian Pautasso, comédien, évo-luent dans un sous-sol qui semble avoir été réaménagé en salle de sport par des passionnés de gymnastique. Au centre, un tatami circonscrit leur espace de représentation, dévolu, lit-téralement, à la performance. Mais quel mouvement jugerait-on virtuose dans un gymnase qui ne semble dédié à aucune discipline particulière ? Sous la forme d’une séance d’entraînement, la pièce questionne le rapport de ces trois dirty dancers à la perfection, au spectaculaire, au risque et aux icônes. Deux figures polarisent cette recherche. Trio A (1966), de Yvonne Rainer, manifeste de la postmodern dance, où l’incarnation du geste quotidien devient danse, une ode à la non-représentation. À l’opposé, l’exploit de Nadia Comaneci aux Jeux Olympiques de Montréal, en 1976, auxquels les juges, pour la première fois dans l’his-toire des Jeux, attribuent la note parfaite de 10.

The Gyre

Admirable premier opus des deux jeunes chorégraphes et interprètes, The Gyre mène à la lisière de l'état d'hypnose au rythme d'une danse répétitive issue d'une action fondamentale : marcher. D'une simplicité et d'une sensualité rayonnantes.

La matière est en perpétuelle agitation, elle ne connaît aucun repos. De ce flux ininterrompu d’énergie s’élèvent et s’effondrent les formes de la réalité que nous connaissons. Tout est mouvement et tout est conduit en permanence par un inextinguible besoin d’exister et de transmettre.

The Gyre est une pièce évoluant à partir d’une action extrêmement simple : marcher. Cette simplicité nous transporte délicatement dans les ourlets du temps et la conscience d’un univers sans absence. Les deux danseurs tournoient inlassablement et déroulent pas à pas une partition captivante de mouvements entrelacés. La ligne qui permet de les distinguer l’un de l’autre, ondule, s’estompe et finalement, disparaît.

Une double soirée de spectacles, entre sensible et énergie, pour la 15e édition du festival Avis de turbulences.

Lire la suite

Horizon des particules

Circassiens, danseurs et artistes de l’envol défient les lois de la gravité sur un terrain de jeu aérien. Un voyage spectaculaire et magnétique, à haut degré de persistance rétinienne.

Saluée dès le début de sa carrière pour l'équilibre extrêmement subtil qu'elle a su trouver entre onirisme et prouesse technique, Raphaëlle Boitel réalise ici une pièce unique pour le Carreau du Temple à l'occasion des Traversées du Marais, cheminant cette année sur le thème du voyage. Tout commence dans un souffle, à peine perceptible. Au sol ou en suspension, les six interprètes se croisent ou s'échappent, au gré de leurs rêves, dans un espace où tout est possible, jusqu'à l'extrême.

De la naissance à la mort, la vie est un voyage, une aventure. Au loin, il n'y a que l'horizon, cette limite entre le connu et l’inconnu, qui recule à mesure qu'on l'approche. Cette limite, cet infini, la metteure en scène l'observe, comme à son habitude, depuis son point de mire : une conscience aiguë de la finitude humaine autant que de son potentiel inouï de vitalité, une crête entre hardiesse et fragilité, puissance et risque. Elle puise dans les techniques et son amour du cirque pour créer une chorégraphie aérienne hybride et cinétique, sauvage et émouvante.

Les Traversées du Marais est un parcours festivalier impulsé par une trentaine d'acteurs importants du Haut et du Bas Marais pour mettre chaleureusement en lumière la cohésion, l'histoire et les monuments de ce territoire singulier, si fréquenté. Quand l'occasion nous est offerte de déambuler entre ces lieux magiques et emblématiques, pour y admirer des pièces d'artistes de renom, parfois créées en exclusivité, le plaisir n'est pas double, mais décuplé ! Comme chaque année, les opérateurs ont accordé leurs violons autour d'un fil directeur, cette fois-ci celui du voyage, qu'il soit tout simplement spatial, ou bien temporel, voire onirique. Les artistes y racontent ou inventent un lien au monde. Celui de Raphaëlle Boitel est cosmique.

Le spectacle sera suivi d'un atelier "danse Jumpstyle" en partenariat avec la Gaïté Lyrique, de 17h à 18h30. Cet atelier, encadré par des danseurs professionnels, permet de s'initier au Jumpstyle, une danse post-internet qui consiste en une succession de sauts sur un tempo accéléré.

Un voyage spectaculaire et magnétique, à haut degré de persistance rétinienne, dans le cadre du festival Les Traversées du Marais.

Lire la suite

Pas d’agitation

Olga Roriz, référence internationale depuis plus de 20 ans de la danse contemporaine portugaise présente une performance-installation de danse et de vidéo en direct, interprétée par quatre danseurs et un artiste visuel. Thème d’inspiration de cette création, la mer contamine tout l’environnement plastique et sonore. La côte de l’île de São Miguel devient le paysage privilégié du contenu des images projetées.

Une performance-installation de danse et de vidéo d'Olga Roriz, référence internationale de la danse contemporaine portugaise, dans le cadre de la saison France-Portugal 2022.

Lire la suite

counting stars with you (musiques femmes)

Artiste majeure de la scène chorégraphique d’aujourd’hui, Maud Le Pladec s’entoure de six interprètes aussi talentueux·ses par leur capacité vocale que leur langage corporel pour réaliser une œuvre puissante dédiée aux femmes compositrices.

Les interactions entre corps et musique ont toujours été au cœur du travail de Maud Le Pladec. Ici, elle interroge très directement la (non) place des femmes dans l’histoire de la musique, convoquant un somptueux corpus d’œuvres méconnues et pourtant emblématiques d’un « matrimoine » musical. C’est alors une histoire secrète de la musique qui s’écrit, avec une contagieuse volupté à parcourir un spectre allant du chant choral à la musique électro de Chloé.

L’artiste met en crise nos chers concepts de répertoire et de filiation, questionne nos rapports aux modèles esthétiques dominants et signe en ce sens une pièce manifeste. Mais c’est sans amertume ; à l’inverse, l’énergie du militantisme draine une joie fraîche, un plaisir à donner un nouveau souffle à ces œuvres dissidentes. En leur faisant porter la transmission invisible entre cet héritage de l’ombre et le féminisme ou la musicologie lesbienne et queer, Maud Le Pladec invente une nouvelle façon d’engager les corps.

Une série de podcasts avec l'équipe artistique du spectacle (notamment Maud Le Pladec, Chloé, Lucie Antunes) est écoutable ici.

À l’issue de la représentation du vendredi 14 avril, une rencontre est organisée avec Maud Le Pladec et Anne-Flavie Germain de l’association Futur Composé (Réseau national de la création musicale) qui échangeront autour de la place des femmes compositrices dans la musique contemporaine. Durée : 45min

Un manifeste chorégraphique et musical de Maud Le Pladec dédié aux femmes compositrices !

Lire la suite

Bouillir le vide, un récital

La représentation du jeudi 23 avril 2022 est malheureusement annulée. Pour ceux·celles qui ont réservé des places, nous vous invitons à contacter directement la billetterie pour remboursement ou échanges. Nous vous remercions pour votre compréhension.

Après UNDATED présenté au Carreau du Temple en 2019, pièce chorale qui revisitait son parcours artistique de vingt-cinq années, Martine Pisani ravive ici la fraîcheur des débuts en écrivant un solo pour Christophe Ives à la manière d’une avalanche de nouveaux départs.

Conjuguer « bouillir le vide » à tous les temps et à toutes les personnes… Mais quel vide ? Existentiel, politique, spatial, social, intime ? Alternant les postures figées par l’effroi ou emportées par une furieuse envie de tout ébouillanter, le soliste enchaîne une suite de débuts sur une partition dont la chorégraphe a le secret, mêlée de théâtre et de danse, flirtant avec le mime et le clown. Entre attitudes incongrues, vacillements, décalages cocasses, jeux entre les pleins et les vides, apparitions et disparitions, c’est tout l’univers burlesque contemporain de Martine Pisani qui se déplie.

Avec son amour du jeu d’enfants, son traitement constant des sources – son, environnement, corps, objets -, son goût du « presque rien » et son talent pour s’adresser au spectateur d’égal à égal, l’artiste nous dit encore et toujours que partout où il y a mouvement, il y a danse.

Un solo captivant pour Christophe Ives qui déploie tout l’univers burlesque contemporain de Martine Pisani !

Lire la suite

Sorry, boys

Sorry, boys s’inspire d’un fait divers qui a défrayé la chronique d’une petite ville du Massachusetts en 2000 : 18 lycéennes de moins de 16 ans décidaient de tomber enceinte en même temps pour élever leurs enfants ensemble.

Le spectacle s’ouvre sur un apparat scénique proprement saisissant, une trouvaille de la brillante scénographe Paola Villani. Dans la pénombre surgissent douze têtes coupées, marionnettes accrochées sur des tableaux comme autant de trophées de chasse. D’un côté, six adultes : parents, directeur et infirmière du lycée ; de l’autre, les pères adolescents. Un flot de SMS versés sur grand écran - que s’échangent les jeunes femmes, invisibles - insuffle une esthétique numérique contrastant résolument avec l’univers de la marionnette, mais qui l’aspire à la dérobée dans sa sphère contemporaine.

Les protagonistes tentent de comprendre les raisons du pacte de maternité entre ces adolescentes. Comment un féminicide dans leur ville a-t-il pu engendrer cette grossesse collective ? Les uns et les autres en débattent, mais n'en restent pas moins cloués au mur.

Dernier épisode d'une trilogie explorant les résistances féminines, Sorry, boys s'inscrit dans un travail politique, à la fois féministe et antifasciste, d'une grande subtilité. Manipulant seule les douze marionnettes, et en assurant, seule aussi, toutes les voix, Marta Cuscunà réalise ici une performance exceptionnelle, au retentissement visuel et sonore indélébile.

Dans le cadre de la 11e Biennale internationale des arts de la marionnette, deux autres spectacles de Marta Cuscunà sont à découvrir Il Canto della caduta les 13 et 14 mai et La Semplicità ingannata les 16 et 17 mai. En savoir plus


Une pièce palpitante de Marta Cuscunà, où le portrait contemporain du féminisme et des nouvelles masculinités infiltre l’univers de la marionnette !

Lire la suite

Jour futur

Après l’accueil en 2021 de Eighteen, très belle pièce de Thierry Micouin en duo avec sa fille, Le Carreau du Temple présente la nouvelle création du chorégraphe, qui retrouve sa grande complice plasticienne sonore Pauline Boyer dans une énergie punk-rock. Une danse magnétique, dans une atmosphère hypnotique.

Animés par un goût inconditionnel pour les esthétiques musicales des années 7o, les deux artistes proposent, depuis leurs débuts, des créations qui mêlent danse, musique, performance et arts numériques.

Jour futur donne à incarner à quatre danseurs une référence du Krautrock (rock progressif allemand), Future days, album du groupe CAN sorti en 1973, et tout ce qu’elle évoque. Apparu en une année charnière où le crescendo des théories libérales accusait l’émergence d’un « nouveau monde », ce troublant album augurait de crises qui nous bouleversent aujourd’hui. Comme un hommage à ces signes précurseurs, sur un sol blanc se chargeant progressivement de corps et de matière sombre, leur réinterprétation de l’album déploie un nouveau territoire acoustique émaillé de sons concrets, une architecture chorégraphique envoûtante, un déchaînement psychédélique de gestes et de lumière.

Sur un sol blanc qui se charge progressivement d’une matière noire, la réinterprétation de l'album donne lieu à un nouveau territoire acoustique, une architecture chorégraphique abstraite agencée en quatre parties. Quatre interprètes offrent une danse répétitive, partitionnelle et envoûtante ; un déchaînement communicatif soutenu par des battements lumineux psychédéliques.

La nouvelle création punk-rock et hypnotique du chorégraphe Thierry Micouin, en complicité avec la plasticienne sonore Pauline Boyer !

Lire la suite

PARTITION(S)

Titre complet : PARTITION(S) Du décollement des sentiments et des affects - Phase 2

Pièce inspirée par les Suites pour violoncelles de Bach, PARTITION(S) invite le spectateur à percevoir la musique et la danse avec acuité, à la fois dans leur singularité, leur simultanéité et leur réciprocité. Une expérience suspendue, comme hors du temps.

Jean-Christophe Boclé, danseur et chorégraphe aguerri à la danse baroque, partage ici les imaginaires qui ont nourri son parcours : une approche organique étayée par des cartographies corporelles, des formes de dictées intérieures et de couleurs mentales, des modèles géométriques, textuels ou chromatiques, une écriture qui s’invente et se transmet entre générations d’interprètes.

PARTITION(S), c’est une traversée spirituelle, énergétique et physique du monde des Suites de Bach. Se détachant des sentiments et des affects, les gestes essentiels du danseur émergent dans leur primauté, ces gestes qui sous-tendent l’espace et le temps des intériorités et de leurs arborescences. En offrant à la danse ce support à multiples entrées, l’artiste amplifie les interactions possibles entre chorégraphie et musique, tout en interrogeant les relations entre abstraction et sentiment, mathématiques et composition.

En savoir plus : Jean-Christophe Boclé revient sur les origines de son spectacle, sa relation particulière à la musique et partage le processus de création de son projet dans un entretien accordé à MaCulture.fr à lire ici

PARTITION(S) - Jean-Christophe Boclé

Samedi 4 février 2023 de 14h à 16h

Entrez dans les coulisses de la création du spectacle PARTITION(S) lors d’un atelier mené par les interprètes et le chorégraphe !

Une pièce hors du temps de Jean-Christophe Boclé, entre partition chorégraphique à entrées multiples et partition musicale de Bach !

Lire la suite