Dialogue avec Shams

Une danseuse virtuose, un récit de vie et le tour est joué, proprement hypnotisant. Car il s’agit autour bien de tour, en différents sens : le tour de la danse soufie, cosmique, comme la terre tourne autour du soleil. Du côté gauche, du côté du cœur. Le tour également d’une existence faite de mouvement.

Matthieu Hocquemiller a créé ce portrait performatif pour et avec Rana Gorgani, magnifique danseuse franco-iranienne. La danse soufie, traditionnellement, est une pratique de l’esprit et du corps, qui repose sur la possibilité d’une osmose avec l’univers, en prenant le pas de la rotation du mouvement des planètes. À travers la technique giratoire, son interprète la ressent et la traverse comme un espace de totale liberté, de plénitude et de phase avec son divin intérieur.

Pour Rana Gorgani, cette dimension spirituelle cohabite avec le récit d’une conquête de légitimité, de place, dans un parcours de bi-culturalité. Il n’est donc pas étonnant que le chorégraphe, avide de portraits au travers desquels percent des normes sociétales hégémoniques, friand d’inventer des formes originales pour les transmettre, ait trouvé ici un radieux écho entre cette puissance chorégraphique et le questionnement culturel de Rana Gorgani. Devant les multiples injonctions, stéréotypes et déterminations – de genres et de cultures, entre autres – la danseuse tournoie à l’infini, dans une somptueuse lumière tamisée. Ici Rana Gorgani est à sa place, qui n’en est pas une au sens géographique, mais qui en est bien une au sens physique et existentiel : celle du mouvement, du processus, de la transition.

► Spectacle inclus dans votre soirée : L'Éthique - Matthieu Hocquemiller

Dans « Dialogue avec Shams », Matthieu Hocquemiller imagine une rencontre imaginaire entre Shams, mystique perse errant du XIIIe siècle et grande figure du soufisme et la danseuse iranienne Rana Gorgani, entremêlant ainsi histoire personnelle et réflexion politique sur les parcours migratoires, les rapports de genre et la bi-culturalité !

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La Possession

En partenariat avec le Centre culturel suisse à Paris et le Théâtre Nanterre-Amandiers, centre dramatique national

Dans un monde d’une froideur clinique, une femme en détresse s’essaye à une expérience : se déposséder, se déprendre, se désincarner pour migrer dans une autre forme. Peut-on avoir peur au théâtre comme au cinéma ? De prime abord réaliste, La Possession bascule insidieusement vers la fable horrifique.

Convaincue qu’on lui a jeté un sort, une jeune femme, pour refaire sa vie, tente de s’échapper en se transformant en un rocher, une plante, un animal. S’installe peu à peu un système sorcier hérité de l’univers des contes et du film d’épouvante.

Adossé à ce vecteur fictif de colonisation d’autres corps, qu’abondent de nombreuses références cinématographiques, le quatuor d’interprètes évoque la peur d’être remplacé, l’envie de l’autre ou d’être l’autre... Témoignant d’une dérive vers un monde de science-fiction, où se creuse le fossé entre nos aspirations profondes et les injonctions politicosociales, François-Xavier Rouyer en appelle à notre énergie vitale, nous enjoint à regarder, à la marge des emblèmes de la réussite capitaliste, d’autres voies et modèles possibles.

Dans cette pièce de théâtre à la limite de la fable horrifique et de la science-fiction, François-Xavier Rouyer explore l’altérité et nous enjoint à regarder, à la marge des emblèmes de la réussite capitaliste, d’autres voies et modèles possibles.

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Diverti Menti

Diverti Menti renouvelle avec intelligence l’approche de la composition scénique.

Un long filet de sable blanc se déverse voluptueusement sur le plateau, tel un sablier abstrait, unilatéral, impossible à retourner. Le corps dansant apparaît d’emblée comme un instrument au même titre que le piano à queue, la guitare électrique et le tuba. Ainsi naissent les joutes entre musiciens et danseuse, qui n’hésitent pas à converser des yeux, tissant un autre réseau, rare en chorégraphie, celui du regard.

Les mouvements giratoires de la danse répondent à une polyphonie effrénée ; chaque posture, chaque élancement est d'une précision implacable, quasi-mathématique, comme souvent chez Maud Blandel, or le geste n’en revêt pas moins une exquise délicatesse, une sensualité jusqu’au bout du pied qui se pose au sol. Musique et danse dialoguent, sons et mouvements s’accordent pour devenir un ensemble inextricable, jusqu’à ce que le corps devienne musique et la musique, danse. C’est un corps entier, qui s’agite, s’arrête, reprend, respire. Diverti Menti diffuse une grâce et une beauté qui rendent hommage à l’un des génies de l’histoire de la musique et qui, en creux, semblent murmurer de ne pas oublier de se divertir (au sens du latin : se laisser détourner de ses habitudes). Un ravissement.

Savoureuse réorchestration du célèbre Divertimento K.136 de Mozart pour un quatuor inédit – trois solistes de l’Ensemble Contrechamps de Genève et la stupéfiante danseuse Maya Masse !

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Dans le Mille

En partenariat avec L'étoile du nord, dans le cadre du festival Avis de Turbulences

Bo / Kevin Jean n’en est pas à son galop d’essai en matière d’écriture scénique alternative aux codes hétérosexuels dominants, participant du renouvellement des imaginaires. Dans ce trio, Bo / Kevin Jean convoque des danses rarement interprétées par des personnes assignées hommes à la naissance, en explorant des éléments de l’univers de l’érotisme à rebours de la répartition genrée des rôles – la femme séduit, est regardée ; l’homme regarde, est séduit.

En 2019, La Poursuite du Cyclone irradiait une colère enfouie mais vibrante, métissant dans sa danse les questions de l’intime et du politique. Dans le mille commence là où s’arrête La Poursuite du Cyclone. Ce nouvel opus, tout en poursuivant une quête de formes performatives alternatives, puise dans un autre registre émotionnel que celui de l’exaspération ; l’affirmation d’un refus : être un homme.

Au coeur de cette performance, le chorégraphe part de ses expériences pour examiner les enjeux de l’exposition de son corps propre et de celui de ses partenaires, chacun dans sa zone de puissance. Dans le mille met parallèlement en échec le schéma binaire entre masculinité et féminité, en choisissant l’opposé de la « virilité » : la vulnérabilité, la sensibilité, le don de soi, drainant ainsi une nécessaire transformation des représentations.

Avec « Dans le mille », Bo / Kevin Jean ouvre l’hypothèse d’un soulagement des comportements pré-dévolus aux femmes comme aux hommes !

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Nuit Blanche 2021

En partenariat avec le Fonds d’art contemporain – Paris Collections (prêt d'œuvres)*

Manifestation artistique annuelle dédiée à la création contemporaine, Nuit Blanche est organisée par la Ville de Paris le premier samedi du mois d’octobre depuis 2002.

Le temps d’une nuit, la création artistique contemporaine est mise à l’honneur dans Paris et sa métropole. Lors de cette nuit particulière, diff érents parcours permettent aux visiteurs de (re)découvrir des espaces publics, privés et insolites, jalonnés d’oeuvres plastiques et vivantes pour l’occasion. Cette année, sous la direction conjointe de Sandrina Martins et de Mourad Merzouki, la programmation a pour fil rouge les liens entre arts et sports, notamment en exploitant le méconnu GR 75, situé entre le boulevard périphérique et les boulevards des Maréchaux. Dans ce cadre, trois œuvres vidéos évoquant la question du corps, de la danse, de la confrontation et de la performance seront projetées en boucle sur grand écran dans la salle du Carreau du Temple.

Du 4 octobre au 15 décembre 2021, les œuvres du Fonds d'art contemporain - Paris Collections se dévoilent à travers 5 parcours thématiques à Paris, dont le parcours "Identités singulières et solidarités au cœur de la Ville" au Carreau du Temple.

BATTLE - Sabrina BELOUAAR (acquisition 2020)

BATTLE s'inspire d'une pratique performative issue de la culture hip hop pour mettre en lumière le combat commun de deux danseurs. Le combat n’est pas une confrontation entre les deux ; ils se battent conjointement contre l’intolérance et la marginalisation en imposant leurs histoires et leurs identités dans une société qui leur est hostile.

BATTLE, 2017
Vidéo, couleur, son
5 min. 1 sec., édition 1/3 + 1 EA

UDRIVINMECRAZ - Kenny DUNKAN (acquisition 2015)

Nourri de la culture caribéenne, de mode et de design, l'artiste Kenny Dunkan, ancien pensionnaire de la Villa Médicis, développe une œuvre performative et hybride qui interroge l'héritage colonial et les identités fragmentées. Dans UDRIVINMECRAZ, Kenny Dunkan danse sur la place du Trocadéro, devant la Tour Eiffel, sous les regards à la fois médusés et amusés des touristes.

UDRIVINMECRAZ, 2014
Vidéo, couleur, son
8 min. 34, édition 2/5

S’élever c’est d’abord être à terre - Ludivine LARGE-BESSETTE et Mathieu CALMELET (acquisition 2021)

En utilisant les outils de nos nouvelles cérémonies contemporaines (écrans vidéos, smartphone), S’élever c’est d’abord être à terre tente de réhabiliter le corps au sein de notre société moderne saturée d’images. Par l’utilisation de la danse contemporaine et de la réalité augmentée, l’œuvre engage le corps du spectateur dans une déambulation contemplative et ludique.

S’élever c’est d’abord être à terre, 2018
Vidéo, couleur, son
Vidéo 1 : 15 min., vidéo 2 : 11 min., éditions 1/5 + 1 EA

Dans le cadre de Nuit Blanche, manifestation artistique annuelle dédiée à la création artistique contemporaine, Le Carreau du Temple ouvre ses portes pour une nuit de projections vidéos évoquant la question du corps, de la danse et de la confrontation.

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Brassens a 100 ans

Brassens n'est pas seulement l'une des figures les plus influentes, les plus mythiques de la chanson française, il est l'un des membres de notre famille : c'est notre tonton Georges. Plusieurs générations d'auteurs, de compositeurs et d'interprètes ont grandi à l'ombre de sa moustache et de sa pipe. Tous savent que, derrière le personnage à la voix rocailleuse, derrière la pompe de sa guitare et la verdeur de son verbe, il est une intarissable source d'inspiration.

C'est le projet de cet album Brassens a 100 ans : donner la parole aux enfants et aux petits-enfants de Georges et faire vivre, encore, à travers leur voix, leur regard, ce géant de la chanson. Autour de Sophie Delassein, autrice de Brassens a 100 ans, (éd. Seghers, 2021), cinq artistes de la scène française viennent dire et chanter leurs belles dettes !

Invité·e·s : Laura Cahen, Barbara Carlotti, Clou, Joseph d’Anvers, Sophie Delassein, La Grande Sophie

En partenariat avec la Maison de la Poésie, dans le cadre du festival Paris en Toutes Lettres

Dans le cadre du festival Paris en Toutes Lettres, le Carreau du Temple accueille une soirée-concert littéraire en l'honneur des 100 ans de Georges Brassens !

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Le Souper

En partenariat avec le Centre culturel suisse à Paris

Comédienne, performeuse, ventriloque, transformiste d'exception, Julia Perazzini imagine un dialogue avec son frère décédé. L'artiste invoque et désamorce sa propre peur de la mort pour l'offrir en miroir aux spectateurs et, une fois n'est pas coutume, l'envisager comme une puissance d’activation du vivant.

En conversant avec l'absent, Julia Perazzini élabore une déroutante alchimie entre souffle, corps et voix, qui réveille notre relation avec l’invisible, l’irrationnel, donne la parole aux recoins endeuillés ou figés de nous-mêmes. Elle méduse l'étrangeté, voire la légitimité, de la frontière entre ce qui est dit « absent » et dit « présent ». Pouvons-nous transgresser les règles des possibles connexions entre les êtres ? Il y va de la constitution d'un « nous ».

Elle n'a pas connu ce frère, disparu avant qu'elle ne naisse. C'est ainsi dans un grand vent de liberté formelle, mais avec pudeur et délicatesse, que l'artiste s'autorise à rêver que la vitalité de son frère pourrait réinsuffler de la vie là où les choses sont gelées, révélant ce terreau créatif et incorruptible de nos parties enfouies. Passé et présent, conscient et inconscient se cognent, laissant jaillir par étincelles les failles des mosaïques qui nous composent, tous ces petits « jeux » au sens mécanique qu'explore méticuleusement l'artiste. Sur une scène presque vide se livre un jeu qui flirte avec le « non-jeu », soulignant la finesse de l'écriture, et, surtout, la déconcertante performativité de Julia Perazzini. Une sublimation psycho-magique de nos angoisses.

Artiste d’exception aux multiples talents, Julia Perazzini imagine dans « Le souper » un dialogue avec son frère décédé, transformant notre peur commune de la mort en puissance d’activation du vivant.

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Voix Intérieures (manifeste)

Un danseur, un musicien, une militante activiste, tous trois Congolais. En un triangle de corps et de langages poétiques, ils restituent ces milliers de voix qui bouillonnent à l’intérieur de leur pays sans pouvoir s’exprimer, tant de rêves étouffés dans la brutalité.

À l’appui des mouvements citoyens exigeant les droits les plus élémentaires - la mise à disposition d’eau et d’électricité pour tous, la protection, l’éducation, le vote libre (et non truqué), la fin de l’enrôlement forcé d’enfants dans l’armée pour dénicher des matières premières -, Yves Mwamba s’offusque à voix haute contre le mépris des dirigeants du Congo. C’est un hommage au militantisme d’une jeunesse engagée mais bafouée, pacifiste et déterminée, non violente et pourtant brûlée vive. Dialoguant avec l’espace scénique qui évolue comme au fil d’une marche militante, les trois performers convoquent et dévoilent, dans les entrelacs des cordes vocales, dansées et musicales, un contexte politique désastreux.

Yves Mwamba fait bouger des corps pour pallier aux mots qui manquent, avec son vocabulaire chorégraphique teinté de krump, de sa danse ténébreuse et solaire, rugueuse et sulfureuse.

Sur une création sonore composée d’ambiances et de voix recueillies au Congo, ce surprenant trio insuffle une énergie vibrante, une cohésion vitale, qui résonnent avec une richesse humaine universelle : la persévérance à se tenir debout.

Dans sa création « Voix intérieures (Manifeste) », le chorégraphe Yves Mwamba convoque un danseur, un musicien et une militante activiste pour un manifeste contre l’absurdité du monde.

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Je rentre dans le droit chemin …

Dans le cadre de Danse Dense #lefestival

Nom complet du spectacle : Je rentre dans le droit chemin (qui comme tu le sais n'existe pas et qui par ailleurs n'est pas droit)

Pourquoi, quand et comment la nudité a-t-elle un sens sur scène ? Enfin, un chorégraphe défie frontalement la question, sans détour ni métaphore, dans une forme pétillante, entre fausse conférence et danse vraie.

Dans le droit chemin de sa première pièce Mieux vaut partir d’un cliché que d’y arriver, présentée au Carreau du Temple en 2018, Sylvain Riéjou poursuit son exploration vidéo-chorégraphique de l’acte de création en partageant l’intimité de ses questionnements d’artiste.

Publiée sur Internet en 2010, sa vidéo-danse Clip pour Ste Geneviève, pourtant chaleureusement accueillie par le public lors de festivals de danse, tombait sous le joug d’une interdiction de circuler sur la toile. Législateur : Dailymotion. Motif invoqué : caractère pornographique.

S’est alors dessinée une interrogation sur les paradoxes de la représentation du corps dans l’art et dans la publicité : pourquoi un corps donné à voir dans toute sa vérité, donc nu, sur un plateau, dans une visée artistique, choque-t-il bien davantage - les enfants comme les adultes - que toute vidéo aux allusions clairement sexuelles, à but commercial ?

Imposant challenge pour un interprète qui a mis des années à abdiquer devant le fantasme de l’Apollon athlétique et ténébreux pour accepter son corps blanc, mince et imberbe, ce nouveau solo tente de démêler la confusion fossile entre nudité et obscénité.

Dans un climat chatoyant d’autodérision, déjouant le parfum de scandale que suscite le nu, Sylvain Riéjou propose son lexique du dénuement et le met en pratique avec son propre corps pour mettre en évidence que c’est là l’acte le plus engagé et engageant du danseur. Il nous rappelle, avec une étonnante pudeur, que toute création artistique est intrinsèquement une mise à nu.

Avec « Je rentre dans le droit chemin... », Sylvain Riéjou défie la question de la nudité sur scène, entre fausse conférence et danse vraie !

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VACA

Dans le cadre de Danse Dense #lefestival

Fable écologique à la fois documentaire et fictionnelle, Vaca sonde les paradoxes de la figure de la vache, à la fois bucolique et ancestrale, mâcheuse et triviale. Paysage dansé et mental, la pièce pose la question du vivant réduit à l’état de matière et met à jour une dialectique de temporalités : celle de l’animal, organique, vécue, non spectaculaire, et celle de l’homme, organisée, mécanisée, mise en scène. Comment force-t-on un corps à se standardiser en bouts de viande ?

Star du salon de l’Agriculture, éminemment présente dans la mythologie, l’art, le rayon boucherie du supermarché et divers concours, la vache est partout. Vaca s’appuie sur l’animal millénaire, emblème de l’emprise de l’homme sur le vivant, ici vénéré, là abattu, pour investir une étude plus large sur le rapport de l’homme à la nature. Ethologie dansée de la vache pour en tirer le portrait d’un être, d’une temporalité, d’une sensation, le duo propose un regard aussi discursif que sensible.

Les danseuses expérimentent, déploient et traversent des états de corps emprunts de lenteur, apathie, et échos de mouvements, d’une part, glissant vers la mécanisation et le rythme cadencé d’autre part. La succession de tableaux, dont une line dance inspirée du folklore cow-boy induit les interprètes dans une connivence implicite - telles des vaches dans un pré-traversées par ces figures les danseuses dressent subrepticement un parallèle entre le corps de la femme standardisée et celui de la vache.

Fable écologique à la fois documentaire et fictionnelle, Anna Chirescu élabore dans « Vaca » une écriture chorégraphique partant d’une observation minutieuse de la physicalité animale, et puise dans des sources théoriques, visuelles et sonores sur et autour de la figure de la vache.

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