Sa bouche ne connaît pas de dimanche
Il y a des pièces qui, tout à la fois, persistent au fond de nos rétines, restent gravées dans nos cœurs et bousculent définitivement notre approche de la société contemporaine. Ce duo abrasif, intime, viscéral, diablement drôle et allégorique, en fait partie.
La première image donne le ton : sur le plateau, piscine gonflable, tapis rose, tenues vestimentaires extravagantes et, très vite, un cochon, de ceux que l’on élève et abat en Bretagne, et que l’on célèbre, à table, à Noël en Martinique, importés par les premiers colons. À l’appui d’un texte aussi cinglant que poétique, criblé de savoureuses pépites, et d’un jeu performatif avec de faux matériaux : faux sang, fausses mailles, fausse fourrure, et une matière vraie et bien vraie, organique : eau, viande, pigment, Rébecca Chaillon en bouchère butch et Pierre Guillois en Christ gay nous embarquent dans un joyeux délire... pas si saugrenu qu’il n’y paraît.
Au départ, ils se sont amusés à coécrire leurs parcours respectifs. À l’origine de Rébecca, la Martinique. À l’origine de Pierre, la Bretagne. Mais Rébecca prend conscience qu’elle est noire et Pierre, qu’il est homosexuel. Dépliant les couches de la genèse de leurs personnes, ils dénudent leur rapport ambigu au catholicisme, au sacré, à la pureté. La chair vient tout naturellement souder ces questionnements, celle de l’animal, celle que l’on mange, celle qui cristallise le paradoxe entre plaisir du goût du sang et sentiment de culpabilité de la tuerie nourricière. Créatures divines et personnages profanes, les deux artistes invoquent aussi la société dont ils rêvent.
« Sa bouche ne connaît pas de dimanche », une fable déjantée au pays des faux semblants où Rébecca Chaillon et Pierre Guillois se racontent et tombent les masques !
Lire la suite
Bermudas
Haute en couleurs et subliminale, mathématique et euphorisante, structurée et fantasque, l'œuvre tout en contrastes du chorégraphe italien est parcourue de vibrations proprement organiques et charnelles, qui émanent pourtant d'une partition écrite au cordeau.
Bermudas (Les Bermudes) propose à un nombre variable d'interprètes un organisme gestuel fondé sur des règles simples et rigoureuses produisant un mouvement perpétuel. Ici, sept danseurs-performers se livrent à cet énigmatique exercice pour en diffuser toute la poésie. La tonicité et la diversité générationnelle des interprètes donnent ampleur et fraîcheur à ces mouvements giratoires aériens, parfois télescopiques ou télescopés. La danse habite une création lumière qui met en valeur les ombres portées, et un univers sonore électro envoûtant, tantôt indus et minimal, tantôt planant.
Pour créer ce véritable écosystème chorégraphique, Di Stefano s'inspire des théories du chaos et des systèmes évolutifs de la physique et de la météorologie. Sa pièce ouvre un lieu mystérieux, complexe et fascinant, chargé de tensions relationnelles, une dimension énergétique d'une rare intensité. Les Bermudes... Ici, point de curieuses disparitions, mais, il est vrai, une forme de distorsion spatio-temporelle et un champ magnétique particulièrement dense.
Un langage dansé se tisse entre les interprètes, dont la syntaxe posturale, dans un espace inclusif et perméable, permet à chacun de trouver sa place et d'entrer dans une troublante communication.
Le spectacle a reçu de nombreux prix dont celui de la meilleure production italienne et du meilleur spectacle de danse 2019.
Chorégraphe vibrant de la scène italienne contemporaine, Michele Di Stefano base son spectacle « Bermudas » sur un système de règles simples et rigoureuses produisant un mouvement perpétuel, les danseurs-performers y composent un lieu à l’énigmatique poésie chargé d’intenses énergies.
Lire la suite