Histoire de l’œil
Dans une libre adaptation de la célèbre nouvelle Histoire de l'œil de l'auteur français Georges Bataille (1897-1962), Janaina Leite explore la relation entre théâtre et pornographie, un thème récurrent dans ses récentes productions. La pièce reprend la structure du livre pour raconter, dans un mélange de fiction et de non-fiction, l'histoire de trois adolescents et de leurs découvertes sexuelles. Elle recrée, dans un décor féerique, cette fable noire oscillant entre le vulgaire et le sublime, le banal et le cosmique, l'ordinaire et l'abyssal.
Un conte de fées noir et érotique
Librement inspiré·e de L’Histoire de l’œil de Georges Bataille, Janaina Leite et le Núcleo do Olho poursuivent leur exploration des « théâtres du réel ». Avec quinze interprètes sur scène — amateur·rices et professionnel·les, dont certain·es travailleur·ses du sexe —, cette création hybride mêlant fiction et non-fiction reprend la structure même de l’œuvre, divisée en Fable et Réminiscences, pour raconter l’histoire de trois adolescent·es dans leurs découvertes.
Les réponses à la question « Quel est ton rapport à la pornographie ? » servent de passerelle entre la fable de Bataille et les expériences personnelles des interprètes. Sélectionné pour la création d’une nouvelle production en 2021 grâce au Fonds Zé Renato et programmé au MITsp – Mostra Internacional de Teatro de São Paulo, le spectacle approfondit la réflexion sur les frontières entre théâtre et pornographie, revendiquant cette dernière comme une forme d’art performatif.
Le spectacle suit la structure du livre de Bataille pour raconter, à travers des décors empruntés au conte de fées, l’initiation du jeune narrateur à la sexualité, au fil de ses rencontres avec les adolescentes Simone et Marcela. Oscillant entre théâtralité assumée et explicite des corps, la pièce réinvente cette fable noire à l’intersection du vulgaire et du sublime, du banal et du cosmique, de l’ordinaire et de l’abîme.
Une exploration de la puissance subversive du corps et du désir
En plaçant la pornographie et le travail du sexe au premier plan, la pièce cherche à dévoiler, avec audace et jeu, les traces profondes de nos rapports à la sexualité, aux archétypes du masculin et du féminin, et aux structures qui la façonnent. Lorsque les questions essentielles à notre propre compréhension sont bannies de nos vies quotidiennes ou réduites à un manichéisme dangereux, elles produisent paranoïa, ressentiment et haine. Dans ce contexte, la responsabilité politique et symbolique de l’art devient essentielle. Il devient nécessaire de revendiquer, à travers des espaces symboliques et cathartiques, les formes de vie qui nous sont confisquées. L’art a le pouvoir de franchir les seuils les plus périlleux pour nommer l’innommable et ouvrir des fenêtres sur des imaginaires possibles.
Pendant l’entracte, le public est invité à assister à une performance musicale en direct. Dans la scène finale, Janaina Leite monte sur scène en tant que metteuse en scène-performeuse pour raconter le surprenant chapitre des Réminiscences, où Bataille évoque les origines biographiques qui ont inspiré le livre, transformant l’auteur en son propre alter ego.
Janaina Leite adapte « Histoire de l'œil » de Georges Bataille, explorant audacieusement le théâtre, l’érotisme et la jeunesse.
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