D’autres le giflèrent

Théâtre musical d’après les Passions de Johann Sebastian Bach

Un chemin de croix d’après « les Passions » en 14 stations, 14 situations contemporaines au sein desquelles chaque interprète prend la place centrale de l’humilié. Musiciens, chanteurs, comédiens, tous en scène dans des tableaux vivants où dialoguent le texte, la musique et les corps. Un spectacle qui fait résonner intimement la musique de Bach dans notre quotidien.

© Vincent Brugere

Un théâtre musical d’après les Passions de Johann Sebastian Bach.

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SONGLINES

SUR UNE MUSIQUE DE TERRY RILEY - Danse

Chez les aborigènes australiens, le terme Songlines désigne les sentiers qui sillonnent la terre australe, inscrits dans le paysage par d’anciens êtres totémiques ou créateurs légendaires, chemins qui ont pu être conservés jusqu’à nos jours grâce à la transmission par le chant et la danse.

La scénographie épurée - un cercle de miroir posé à même le simple tapis de danse rose poudré, à l'horizontale, comme un étang, sur lequel joue une douche de lumière au travers de filets métalliques suspendus - met en valeur les corps des huit danseurs entre les deux strates. Entre ciel et terre.

Songlines saisit le mouvement fondateur qu’est la marche, ce stade où l’esprit, le corps et le monde tendent à la fusion, en cristallisant son canevas dans l'emblématique composition musicale In C de Terry Riley. Considérée comme la première œuvre du courant de la musique minimaliste ou répétitive, créée en 1964 pour 35 instrumentistes à San Francisco, la partition présentait un concept inédit : exclusivement construite de 53 phrases musicales tenant en une page, les musiciens devaient en jouer chaque motif, tout en étant libres de le répéter autant qu'ils le souhaitaient, avant de passer au suivant. Un véritable joyau pour un travail sur la marche... La marche compose, la marche écrit, la marche unit, elle brode un lien indéfectible avec l’environnement. Quels totems contemporains se dressent en résonance aux pas d’aujourd’hui ? Joanne Leighton invente une migration des gestes et des espaces, qui éveille, suggère, égraine des significations dans cet ici et maintenant qu’est aussi un plateau de danse, c’est-à-dire beaucoup plus que la matérialité plane d'une scène.

Une pièce fondatrice de Joanne Leighton sur le mouvement fondateur de la marche, entre ciel et terre.

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Chambre noire

À l'appui du roman de Sara Stridsberg, La Faculté des rêves, qui retrace le destin tragique de "la femme qui a tiré sur Andy Warhol", la marionnettiste norvégienne Yngvild Aspeli met en scène un fascinant spectacle, dont la toile de fond est aussi ténébreuse que la liberté de forme et de ton, lumineuse.

Chambre noire est une hallucination sauvage autour de la vie de Valérie Jean Solanas (1936-1988), la plus belle enfant de toute l’Amérique, la psychologue de génie qui a passé sa vie à séjourner dans des instituts pour malades mentaux, la première « pute intellectuelle », l’auteure du SCUM Manifesto, manifeste féministe radical autoédité en 1967, la femme qui a tenté d'assassiner Andy Warhol.

Dans un écrin sombre et clinique traversé de néons évoquant les nuits grunge new-yorkaises, se joue un duo entre une marionnettiste, Yngvild Aspeli, et une musicienne, Ane Marthe Sørlien Holen. Avec une grande intelligence dramaturgique, elles composent un univers ensorcelant, mêlé de marionnettes à taille humaine, de projections vidéos et de percussions magnétiques. Un désert de solitude se dessine au travers de ce personnage complexe, pluriel, outrancier et absolument humain.

Si l'art marionnettique a conquis sa place aux premières loges du théâtre contemporain, c'est grâce à des explorations de cette envergure, de celles qui transgressent les frontières entre les matières, qui osent pulvériser l'opposition entre le vivant et l'inerte pour inventer une identité visuelle mettant à profit tout le spectre de l'« inquiétante étrangeté » qu'offre l'objet inanimé lorsqu'il est soudain manipulé par des experts. Onirique, érotique, dérangeant, fantastique, le spectacle déploie l'immense nuancier de la fureur émotionnelle que peut convoquer le théâtre d'objets.

D'un souffle rageur, ravivant le personnage de Valérie Solanas jusque dans ses méandres les plus intimes, Chambre Noire en révèle les deux visages, démentiel mais aussi visionnaire, inexorablement liés. C'est aussi l’oppression qui est donnée à voir, ainsi qu'une révolte, et les formes qu’elles ont pu revêtir ces dernières années. Une œuvre complète et singulière, à découvrir.

Le Mouffetard - Théâtre des arts de la marionnette œuvre pour la promotion des formes contemporaines des arts de la marionnette. Le partenariat entre les deux structures se poursuit en mai 2019 lors du Second Square consacré au théâtre d'objet dans le cadre de la 10ème Biennale internationale des arts de la marionnette.

Samedi 27 et dimanche 28 octobre, de 17h à 18h30, adultes, 5€ sur inscription*

Un atelier de manipulation de marionnettes à taille humaine autour du spectacle Chambre noire* de Yngvild Aspeli de la compagnie Plexus Polaire, en représentation du 12 au 15 décembre au Carreau du Temple. Marionnettes humaines, animales, êtres hybrides crées par la compagnie… autant d’êtres étranges à manipuler, sous les conseils et la conduite de Pascale Blaison, manipulatrice et constructrice de marionnettes pour Chambre Noire, ainsi qu’intervenante à l’Ecole Supérieure des Arts de la Marionnette à Charleville-Mézières.

En parallèle du spectacle et dans le cadre de Second Square Imag(in)é

*Le tarif réduit sur le spectacle est accordé aux participants de l'atelier. Un atelier proposé par Pascale Blaison, en partenariat avec Le Mouffetard - théâtre des arts de la marionnette.

Un fascinant spectacle de la marionnettiste norvégienne Yngvild Aspeli qui retrace le destin tragique de "la femme qui a tiré sur Andy Warhol".

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Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute

Avec l'audace et la transgression des codes - théâtraux et sociétaux - qui caractérisent son travail, Rébecca Chaillon fait ici d'un terrain de football féminin le plateau d'un propos troublant, cru, vital, sur les minorités et leur exclusion.

Convoquant douze femmes sur scène, aussi adroites dans le jeu footballistique que dans le jeu de comédiennes, la metteure en scène et actrice invente une performance complètement atypique pour porter un texte personnel sans concession. En crampons et maillots, elles affirment leur légitimité à fouler cette pelouse majoritairement réservée aux hommes, y risquant une histoire politique des corps, des identités, et des libertés de choix. Tour à tour spectatrice, coach et nourrice, Rébecca Chaillon conduit ses joueuses vers une zone étrange où la violence des discriminations se cogne à la puissance de l'équipe.

En écho, il y a un texte donné à lire en fond de scène, avant d'être parlé et incarné. En vis-à-vis sont évoquées règles sociales et règles menstruelles. Il fallait oser. En tête à tête, du gradin au stade, se frottent la solitude du spectateur et la collectivité sportive qui s'active, animée par « l'esprit de groupe » (utopie ou naïveté ?). 

En contraste, le carton gras des pizze et les cannettes de bière englouties à la chaîne se révoltent contre le papier glacé des magazines rayonnant de femmes longilignes.

En dégradé, Rébecca nous en fait voir de toutes les couleurs, sans oublier le bleu-blanc-rouge, en toute ironie, bien sûr. En volte-face, elle nous la joue à l'envers pour la jouer encore plus vrai : qui joue ? Qui dirige ? Qui est actif et qui est passif ? Seule dans les gradins, d'abord impassible, muette, c'est pourtant bien elle qui mène cet incroyable ballet de femmes.

En perspective, de la difficulté d'être une femme, ne serait-ce que cela, d'être homosexuelle, noire, ronde... Telles sont les questions qui labourent la terre dont l'odeur envahit la salle, effluves d'humour et de cynisme, de panache et de lucidité.

Rébecca Chaillon transforme un terrain de football féminin en plateau d'un propos troublant, cru, vital, sur les minorités et leur exclusion.

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Festival Avis de turbulences

Une soirée dédiée à la danse avec deux spectacles : Atomic 3001 de Leslie Mannès, Sitoïd et Vincent Lemaître et Mieux vaut partir d'un cliché que d'y arriver de Sylvain Riéjou.

Certains opérateurs culturels vouent un fervent travail au repérage et à la diffusion de talents "immergés" qui n'attendent que cela, au sens propre : montrer une partie de l'iceberg. Le Festival Avis de Turbulences, créé et mené pour la douzième année par l'équipe de l'Etoile du Nord, en fait partie. Aussi le Carreau du Temple met-il un point d'honneur à rester attentif et fidèle aux révélations du trublion des nouvelles formes chorégraphiées.

Atomic 3001

Leslie Mannès, Sitoïd et Vincent Lemaître / 19h30

Tribale et techno, robotique et terriblement incarnée, monochrome et incandescente, primitive et futuriste, la danse contrastée de Leslie Mannès épouse le son et la lumière, jusqu'au bout des doigts. A bout de souffle.

Œuvre aussi musicale et plastique que dansée, Atomic 3001 éclate d'emblée en une figure charismatique et androgyne, vêtue d'un rouge primaire, se découpant sur une techno ravageuse. Rétro-éclairée, cheveux devant le visage... La vision brouillée par les jeux de lumière, le spectateur pourrait presque l'imaginer de dos. Pieds rivés au sol, ses membres se mettent en mouvement un à un selon les bits. D'abord, seules les mains bougent le long du corps, puis les avant-bras, les hanches, enfin le corps entier, dans une synchronicité si parfaite avec la musique qu'on ne sait plus bien ce qui impulse quoi : musique ou danse ? Les effets d'optique accompagnent sa gestuelle stroboscopique et réciproquement, tandis que la musique électronique tend vers une transe qui amplifie, prolonge et habite cette danse machinique et possédée. Les pieds n'ont toujours pas bougé, il n'y a toujours pas de visage, l'espace est déchiré de gestes saccadés qui tranchent l'espace, jusqu'à un fondu au noir salvateur.

Alors la lumière éclaire enfin le visage, fait tomber le masque monoïque, détrôné par une figure on ne peut plus féminine, quittant son habit rouge pour offrir à l'inverse une performance faciale et directe, crue. En toute transparence, en toute sensualité, en toute fragilité, l'interprète "prend" le plateau. Un écart de l'aire de jeu la sort du théâtre, la rend à sa vulnérabilité de vivante, brise du même geste le hors champs, accueillant le public dans l'enceinte tribale et un crescendo de cris animaux et de tambours, dans l'épuisement de la transe.

Durée : 45 minutes

Mieux vaut partir d’un cliché que d’y arriver

Sylvain Riéjou / 21h

Sylvain Riéjou se croque le cerveau et en joue. Premier opus du danseur et vidéaste, ce One man show vidéo-chorégraphique partage avec panache et dérision les questionnements liés à la création. 
Pour nous emmener au large du poncif de l'artiste romantique ou torturé, autant en faire son port d'attache. Voici le postulat de la pièce de Sylvain Riejou, qu'il donne à lire dès son titre.

Interprète remarqué, tant pour son travail auprès de chorégraphes (Olivia Grandville, Sylvain Prunenec, Nathalie Pernette ou Didier Théron) que sous la direction de metteurs en scène (Roméo Castellucci, Robert Carsen) et d’artistes plasticiens (Clédat et Petitpierre), Sylvain Riejou s'adonne en autodidacte depuis une dizaine d'années au montage vidéo, qu'il explore ici comme un vecteur de composition chorégraphique.

Cette autofiction, sa première pièce, s'enrichit de la maturité de cette recherche personnelle, autant qu'elle emprunte à son enfance, danseur en herbe s'agitant seul dans sa chambre sur les clips de Prince, Madonna, Mylène Farmer ou Mickael Jackson. En effet, c’est une chanson de geste qui jalonne Mieux vaut partir..., à savoir des mouvements expressionnistes symbolisant les paroles. Ainsi, de trouvailles gestuelles - ne se privant pas de clins d'oeil à Pina Bausch et autres grandes signatures de la danse contemporaine - en pépites cocasses, le chorégraphe-danseur nous emmène sur une piste perlée de questionnements artistiques rémanents. Explorant d'innombrables possibilités de basculer son propre corps de l’espace réel du plateau vers l’espace virtuel de la vidéo, l'artiste se dédouble, se détriple, offrant à lui seul des duos ou des trios, s'amusant à créer plusieurs personnages qui se répondent, se chamaillent ou collaborent, notamment chorégraphe et danseur, ouvrant ainsi l'horizon du rire de ses "prises de tête". 

Durée : 60 minutes

Une soirée double de spectacles de danse avec Leslie Mannès, Sitoïd, Vincent Lemaître et Sylvain Riéjou, dans le cadre du festival Avis de turbulences.

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Ensemble ensemble

Entre théâtre et chorégraphie, un ensemble de quatre interprètes, doués dans les deux registres, met en jeu la circulation de la parole comme une architecture mentale aux dimensions insondables.

Dès les premiers instants, tout compte. Chaque micromouvement, le moindre battement de paupière, le rythme propre d’une main qui se tend, tout compte. Comme dans la vie. La pièce décrit ce que le langage crée dans l’espace, cette substance intangible et pourtant quasi-organique, la construction de nos identités par l’oralité, la difficulté de s’exprimer. En vis-à-vis, Vincent Thomasset, pour notre plus grand plaisir, va jusqu’à mettre en scène la perplexité, explorant le large royaume de l’incompréhension, la complexité à transformer des mots reçus en images limpides.

Un vaste réseau de regards entre les comédiens élabore peu à peu une structure à quatre corps qui, dans le même temps, ne font qu’un, au sens où ils sculptent l’espace. L’auteur-metteur en scène a écrit un texte simple, drôle, mais qui, l’air de rien, flirte avec une élégante mise en abîme, provoquant du moins un subtil choc télescopique, à l’instar de son titre. À l’écoute, dans Ensemble Ensemble, il y a « semblant ». En plein milieu. Portée par une création sonore et lumineuse exceptionnelle, la pièce fait apparaître et disparaître les acteurs, donne à entendre la voix des uns par la bouche des autres via un dispositif de doublage en direct : se creusent alors des décalages cocasses entre les voix et les personnes, les personnes et les gestes.

Transportées du son d’un clavecin baroque à l’admirable composition électro de The Noise Consort, la musicalité pure des mots, comme vidés de leur sens, les cacophonies de musique et de voix, de troublantes assonances, les dialogues décousus jusqu’au délire, éploient l’immense panel des formes langagières.

Les mots dansent et les gestes parlent, Vincent Thomasset explore le langage sous toutes ses formes dans un spectacle facétieux et poétique !

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Speechless voices

Pièce pour six danseurs, Speechless Voices - voix sans parole - est un poème chorégraphique que Cindy Van Acker a pensé en la mémoire de son ami et fidèle collaborateur Mika Vainio, compositeur musical disparu en 2017. Elle y invente un langage d'un autre monde, bouleversant et indescriptible, qui traverse le corps des spectateurs sans mots, s'y immisce par gestes, intuitions et intensité émotionnelle.

C'est un poème d’un amour infini, porté par des interprètes d'une qualité de présence et d'une plasticité visuelle impressionnantes. Ils habitent le plateau sous plusieurs formes (duo, solo, quatuor, sextet), selon un triptyque. Le premier tableau, apocalyptique, évoque ce moment mouvant du deuil, ce temps post-traumatique qui imprime une torpeur au corps abandonné. Le deuxième est l'interprétation figurale en solo d'une lettre à l’absent, “Le soleil sera noir comme le trou dans mon corps.” Enfin, c’est une communauté humaine qui cherche par le corps à ritualiser l’absence et la présence, la solitude et la relation, afin de les transmuter, et à appeler ainsi la lumière par-delà la douleur, sur La Passion selon Saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach.

Une éloquence des images de plateau, une expressivité des rétentions et des gestes traversent la danse. La grande chorégraphe flamande ne se départit pas pour autant de son abstraction lunaire, de l'extrême précision de l'écriture des corps dans l’espace, mêlée de géométrie, de fluidité, de répétition et de minutie, qui constituent sa signature depuis 20 ans.

Ici, dans une symbiose quasi-obsessionnelle, le mouvement est étroitement lié à la composition musicale, notamment à la pulsation rythmique fondamentale de la musique électronique de Mika Vainio, jusqu'à coïncidence parfaite, troublante. On sort de cette pièce comme d'un bel enterrement, émus mais soudés, chargés d'émotions mais allégé par la brise de ce "je t'aime" dansé.

En partenariat avec le festival Faits d’hiver et le Centre culturel suisse à Paris

Avec le soutien de l'Onda - Office national de diffusion artistique 

Un poème chorégraphique de Cindy Van Acker en mémoire à un ami disparu, où six danseurs s'ouvrent à un monde bouleversant et indescriptible.

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Mon képi blanc

Une traversée de l'univers de la Légion par la voix d'un soldat, bouleversée et bouleversante. Dans un écrin de velours d'un rouge désuet de cabaret, le légionnaire raconte, chante son exil. Des morsures de la guerre, il éructe l'indicible, dérapant comme un disque rayé. Un solo inoubliable.

Planté dans sa boîte à théâtre, navrant et attendrissant pantin, un soldat aboie ses convictions, ou plutôt celles qu'on lui a enfoncées dans le crâne. Toujours au garde-à-vous, cerné de microphones tel un grand orateur, il laisse seules ses lèvres s'agiter, dont sortent par flots les mots de la guerre, de la résignation, de la témérité insensée, de l'aveuglement. Dans sa bouche résonnent l'errance et l'endoctrinement des légionnaires, répétant à coups de cris féroces ce qu'on leur dicte, chants militaires ou devises de guerriers. Sa gorge est un cratère. Celui d'un volcan en éruption déversant une lave d'émotions enfouies qui, à peine jaillies, durcissent au contact de l'air en une forme de slam. Les gestes mécaniques, le regard fixe et hagard disent tout de la perte. Ici pourrait être ailleurs. Et vice versa.

Une performance vocale et physique soulignée par la pertinence du dispositif dramaturgique d'Hubert Colas, simple, drôle, ironique, efficace : mettre en scène le légionnaire en civil, planqué derrière son bosquet de micros à pieds, et faire porter le képi et les fanions au moniteur télé qui retransmet en direct son portrait en plan américain.

Mot caillou, le on scande le texte de Sonia Chiambretto. Car les képis blancs ne sont plus des individus, mais les organes d'un groupe, d'un improbable "on". Venant de toutes origines, ils inventent leur langue à eux, sentimentale, sédimentaire et imagée, qui se resserre autour d'un patrimoine commun, le chant de la peur, de la renonciation, mais aussi de l'espoir et du rêve. D'un sujet délicat et de la matière sonore de cette langue du soldat, qu'elle appelle "langue française étrangère", Sonia Chiambretto extrait un joyau brut.

Une traversée de l'univers de la Légion par la voix d'un soldat, bouleversée et bouleversante.

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Endo

Une performance frénétique où se mêlent danse et action painting !

Deux corps transforment sous nos yeux le décor de leur danse spasmodique, maculant de peinture le sol et les murs. Sur une création musicale haletante, de l'ambiance freak show au body art hypnotique, ce tableau aléatoire en mouvement amène à l'orée de la transe.

Atmosphère japonisante, mais ici point de cliché. Prendre le contrepied des codes, oui, mais pour mieux honorer la danse et son histoire, telle est la ligne de conduite de David Wampach. Figure incontournable de la scène contemporaine, passionné par les rituels, le chorégraphe épuise à outrance chacun de ses sujets, en jouant des opposés, du costume déjanté à la nudité crue, de matériaux affinés en matières premières. Sa démarche, forte d’influences théâtrales et plastiques, se manifeste par des œuvres empreintes d’une grande liberté souvent adossées à une histoire savante.

Par ailleurs, le titre de la pièce provient du courant de l'endotisme initié par Pablo Picasso et Francis Bacon qui, à l'inverse de l'exotisme, s'enracine dans l'originel et dans la nécessité de créer. La pièce revisite ainsi l'héritage de la performance, l'action painting et le mouvement gutaï des années 60, dans le sillage de l’artiste Shuji Terayama, dont le travail polymorphe, directement plongé dans la matière sensible et s'adressant à tous les publics, trouve bien des échos dans celui de David Wampach. Mettre le corps, avec tous ses systèmes, au centre de l’action dansée, à la fois comme matière et support, instrument et sujet, un corps qui transmet, qui transforme, avec un matériau de plus, la peinture, c'est ce que propose ENDO.

À force de réconcilier l'inconciliable, Wampach fait désormais partie de ces rares artistes dont on peut dire qu'ils ont vraiment marié culture savante et culture pop.

Avec le soutien de l'Onda - Office national de diffusion artistique

Une performance frénétique où se mêlent danse et action painting !

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L’âge d’or

Ici les gestes les plus beaux, ceux de l'art et ceux de l'amour, ne font qu'un. Conçue avec de jeunes enfants atteints de graves troubles moteurs, cette pièce poignante remet à zéro nos compteurs esthétiques et multiplie notre sens de la danse.

Devant nous, un ordinaire tapis de danse, nu, carré. Tout est à vue. Aucune musique ne vient napper ou influencer nos perceptions. La lumière est la même pour le spectacle et son audience. De part et d'autre du tapis sont installés, pour la plupart en fauteuils roulants, les enfants enjoués ou calmes, aux handicaps patents. Des adultes, les danseurs, déambulent parmi eux avec douceur, leur parlent à l'oreille. La première scène s'installe discrètement : une danseuse emmène un enfant au centre du plateau. Elle prolonge ses gestes, puis les contrarie par moments, les manipule pour les faire danser. L'enfant se concentre mais s'amuse. C'est simple, beau, humble, stupéfiant. S'ensuit dès lors une série de piécettes pour corps affaiblis, anormaux : chaque enfant devient le nombril du corps dansant qui l'entoure et l'accompagne dans un ventre imaginaire, où tout est possible.

Nous voyons des enfants ravis, nous sentons leurs cœurs qui palpitent entre ces mains, ces corps experts, de ces mouvements inespérés. Chacun à son tour est le danseur principal, porté, suspendu, entraîné, bercé ou jeté dans les airs, dansant et dansé, perplexe ou combatif, l'étoile d'un instant, considéré dans, avec, par et pour ses empêchements uniques et spécifiques, tandis que les autres jeunes interprètes jubilent devant le spectacle de leur camarade. L'émotion qui émane du plateau irradie absolument la salle. Éric Minh Cuong Castaing, connu pour son travail à la fois profondément humain et, du point de vue dramaturgique, pour son utilisation intelligente des ressorts de nos techniques numériques, fait ici le choix de n'être que dans la sphère de la vie, inventant une forme d'humanité augmentée.

À l'issue de la pièce, à contempler : le film qui retrace l'expérience chorégraphique menée par les danseurs et ces enfants. Le film capture l’émotion des enfants engagés dans une danse commune, en éternelle négociation avec leurs corps insoumis à la vie et, a fortiori, à la représentation. Plus qu’un témoignage, le film, restituant des mois d’intervention du danseur-chorégraphe au sein d’un institut médical spécialisé, fait œuvre par lui-même.

Une pièce poignante d'Éric Minh Cuong Castaing avec de jeunes enfants atteints de graves troubles moteurs, qui remet à zéro nos compteurs esthétiques et multiplie notre sens de la danse !

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